Notre-Dame de La-Treille / Cathédrale de contraste

Notre-Dame de la Treille est la cathédrale de Lille. De la sainte-chapelle à la Nla78façade principale de l’édifice, une succession de styles, d’impressions, de clairs et d’obscurs s’offre aux visiteurs. J’aime cette cathédrale car, en dépit de son caractère récent (1854), elle possède une atmosphère, un quelque chose qui rassure et donne l’impression que cette maison est celle de tous. Ce lieu est doté d’un système de chauffage et d’éclairage à la fois moderne, élégant et photogénique. La cathédrale est parcourue de lignes de couleur qui lui donnent un air joyeux et accueillant. Bien entendu, la façade moderne suscite des avis contrastés pour son aspect extérieur. Mais l’aspect intérieur de cette façade est une réussite exceptionnelle : la lumière traverse le mur et se répand dans l’édifice. Cette cathédrale contient en son sein bien des surprises, des beautés… Elle possède ce charme et cet « indicible sacré » qui donne à chaque objet, à chaque être une dimension supérieure.

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Vous trouverez un très bon article sur cette cathédrale à l’adresse suivante :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Notre-Dame-de-la-Treille_de_Lille

 

 

Enfin, je vous conseille cette très vielle vidéo montrant l’animation de Lille 3000 sur la façade de la cathédrale Notre Dame de La Treille, un incroyable et poétique morphing :

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Bailleul, Mémoire de Pierres en péril

Il y a des statistiques décourageantes pour les touristes et les offices de tourisme. Des chiffres qui d’un coup provoquent une sorte de répulsion ou de fatale indifférence. Ville détruite à 98 % après la première Guerre mondiale ! Ce chiffre ne laisse présager rien de bon. On se demande si un « après » est possible, ou du moins, si le devenir de cette ville martyre vaut le coup d’œil. Une telle dévastation a pour corollaire immédiat la nécessité de déblayer les gravas et de reconstruire au plus vite et au moindre coût, les moyens étant limités. Vite et pas cher, en architecture et urbanisme cela implique souvent de sacrifier l’esthétique à l’utile, le durable à un provisoire qui s’étire dans le temps et vieillit mal.

Bailleul intC’est avec cette abominable statistique que je me suis laissé convaincre de prendre un billet de train pour me rendre à Bailleul, dans le Nord de la France. Tout occupé à méditer sur les conséquences dévastatrices d’une destruction à 98 %, j’ai oublié de prendre en compte un paramètre important : l’époque où a eu lieu cette dévastation de la ville par les bombes. Bailleul est une ville meurtrie par la Première guerre mondiale…. Coup de chance, si on peut dire, car à cette époque, les reconstructions se faisaient soit dans le plus pur style des années 20, style Art déco ; soit avec la volonté de restaurer une ville dans l’esprit de ce qui fut. La ville de Reims est un exemple parfait de cette logique. Terriblement détruite au cours de la Première guerre mondiale, elle présente aujourd’hui le visage d’une ville principalement Art déco, et à ce titre, superbe. Bailleul a connu le même sort mais elle n’a pas été reconstruite dans le style Art déco. Elle a bénéficié d’un mouvement en vogue : le néo régionalisme. La ville offre au regard un style « Néo-flamand » qui, à sa manière, retisse un lien avec ce qui existait avant la guerre. Le résultat obtenu est une réussite architecturale : la ville est belle, pimpante, agréable et stimulante par la diversité des façades, des couleurs et des matériaux utilisés.

Bailleul possède aussi son cimetière. C’est assez logique, même en temps de paix, on y meurt comme partout en France. Le cimetière de Bailleul est un cimetière intéressant par les différents visages qu’il peut offrir au visiteur et par l’intérêt de nombreuses tombes. Un cimetière est le lieu de mémoire d’un territoire. Pour connaître Bailleul et son passé, difficile d’ignorer son cimetière.

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Le cimetière de Bailleul est trois cimetières en un seul :

Cimetière romantique où se côtoient les plus vieilles tombes (19ème et début 20ème siècle) : ici les monuments funéraires se singularisent par la diversité des formes et l’entremêlement avec une nature vigoureuse qui habille de nombreuses stèles et caveaux d’un manteau de lierre. Cette partie du cimetière témoigne aussi de la tragédie de la Première guerre mondiale : impacts de balles et d’obus sur les tombes ; stèles rappelant que des hommes, des femmes et des enfants furent arrachés Cba28brutalement à la vie par une explosion, un tir assassin, une mort soudaine, injuste et précoce… La nature se mêle souvent aux tombes et donne à l’ensemble un aspect que le romantisme n’aurait pas renié. Il y a là, un air du cimetière Saint-Marx de Vienne : quelque chose hors du temps. Le cimetière de Bailleul mérite bien, pour sa partie romantique, le rapprochement avec le cimetière viennois où reposent, dans le plus grand anonymat, les restes de Mozart.

Cimetière moderne où des « vagues » de monuments funéraires semblent figer dans la mortCba33 l’incroyable ennui d’une société moderne où tout est produit à l’identique. Ces « vagues » sont des alignements de monuments funéraires en marbre lisse et sans personnalité qui étalent leur morne monotonie. Les occupants les plus récents du cimetière se trouvent dans cet espace où, parfois, surgit une pointe d’originalité… difficile de rendre sans relief certains individus, tel cet artiste aux chats savants….

Cimetière militaire où les alignements de stèles et de croix rappellent qu’ici reposent les cendres de jeunes hommes morts pour la défense de la liberté et morts broyés par un système implacable, celui des Etats qui se cherchent querelle pour des possessions, des ambitions qui toutes oublient le bien le plus précieux, le plus désirable, celui que l’on ne peut pas acheter : la vie humaine. Cette partie du cimetière, par la sobriété classique de son ordonnancement, procure un sentiment de paix et de beauté épurée.

Cba39Le cimetière de Bailleul possède en son sein un calvaire remarquable par l’impact visuel qu’il offre aux visiteurs et le lien qui l’unit aux différentes chapelles qui composent un chemin de croix symbolique. Ce calvaire est aussi la représentation auprès de laquelle plusieurs générations de mortels ont souhaité placé leurs restes terrestres. Cette proximité avec le christ en croix est un choix que tout vivant se doit de respecter quelle que soit sa croyance. Comment imaginer que la génération présente puisse renier, interdire et moquer ce que les générations précédentes ont voulu pour elles même. Au nom de quelle légitimité serait-il possible de dire ce qui  est bon, ce qui est vrai, ce qu’il convient aux autres et aux morts ? Cette question taraude le visiteur du cimetière de Bailleul lorsqu’il apprend que ce calvaire pourrait être détruit alors que des travaux de maçonnerie, assurément moins couteux que bien des dépenses futiles mais à la mode, permettraient de sauvegarder cet élément de patrimoine chargé de symboliques et vasteCba42 ordonnateur d’une logique cultuelle mais aussi culturelle au sein de ce cimetière. Déjà, de nombreuses chapelles ont été détruites, vaincues moins par le temps que par l’inaction et l’indifférence des hommes ; déjà de nombreuses chapelles menacent ruine : leurs murs lézardés, leurs toits éventrés exhibent à notre regard notre incurie, la même qui permit la destruction de Cluny ou celle de nombreux hôtels particuliers du 17ème siècle au cœur de Paris…

Heureusement, aux pires heures de l’histoire où l’être humain oublie ses racines et ne songe plus à ce qu’il va transmettre aux générations futures, des individus surgissent de la foule pour défendre, protéger et alerter. Il y a, à toutes époques, des Alexandre Lenoir et des Prosper Mérimée. A Bailleul, une association courageuse et dynamique s’est saisie de la question de la sauvegarde du cimetière.  L’association Kerk-Hof, par son action, donne à la ville de Bailleul et aux bailleulois l’opportunité de conserver et valoriser ce lieu de mémoire que constitue le cimetière de la ville. Des actions de préservation des chapelles et des tombes sont conduites, l’histoire des personnes inhumées est désormais à la portée de tous. J’ai eu la chance, pour ce Arnaud11Intreportage photo, de visiter le cimetière avec l’un des membres de cette association : Arnaud Schoonheere. Je le remercie pour toutes les anecdotes sur les défunts et les explications sur les symboles ornant les pierres tombales qu’il m’a données lors de cette visite passionnante. N’hésitez pas à visiter le site internet de l’association ( http://kerk-hof.overblog.com/ ), vous y trouverez une riche documentation sur ce lieu de mémoire et vous serez informé de l’actualité concernant ce cimetière, lequel devient la page d’un livre d’histoire de la ville.CB110

Le cimetière de Bailleul ne se singularise pas par la profusion de tombes remarquables comme le bien nommé Cimitero Monumentale de Milan, même s’il possède quelques tombes monumentales, ni par la profusion de personnalités inhumées comme le Père Lachaise de Paris, même s’il possède quelques célébrités. Le cimetière de Bailleul se singularise par l’impression qu’il fait naître lors de sa visite ; l’impression de visiter un lieu serein, romantique et comme parcouru par une force invisible. Indéniablement ce cimetière regroupe les restes de personnes qui ont eu une forte personnalité et souvent une grande générosité dans la vie et pour les autres. Difficile de traduire dans les mots le ressenti. Une chose est sûre, le lieu mérite visite.

Cba107Enfin, il convient de signaler que le cimetière de Bailleul accueille la tombe de Léona Delcourt. Cette femme morte à 39 ans, inspira à André Breton le livre « Nadja ». Léona Delcourt est Nadja ! Cette œuvre considérée comme l’un des chef-d’œuvre du surréalisme entretient avec le cimetière de Bailleul un lien intemporel et organique. Les ancêtres de Marguerite Yourcenar reposent aussi dans le cimetière de Bailleul. Pour celle et ceux qui ont lu « Le Labyrinthe du monde » et apprécié à quel point Marguerite Yourcenar a ressuscité les grandes ombres de sa famille, une certaine émotion naît au croisement des tombes de la famille Cleenewerck de Crayencour. Dans le tombeau familial reposent notamment Michel Charles, le grand-père paternel deCba12 Marguerite Yourcenar ainsi que Berthe, la première épouse du père de l’auteur de « Mémoire d’Hadrien ». Marguerite Yourcenar écrivit qu’« une sorte de lien s’établit ainsi entre Berthe et moi », un lien post mortem. En effet, la mort de la première femme de Michel Cleenewerck de Crayencour rendit possible un remariage avec celle qui deviendra la mère de Marguerite Yourcenar. La naissance de cette dernière a donc été rendue possible par le décès inopiné de cette femme prénommée Berthe qui repose pour l’éternité dans le cimetière de Bailleul.

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Bonne visite au cimetière de Bailleul et pour les personnes qui souhaitent soutenir l’action de l’association Kerk-Hof n’hésitez pas à les contacter via leur site internet (http://kerk-hof.overblog.com/ ).

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Soleil et étamines

Enfin, il est là, bien présent ! Le soleil brille et brûle. Le soleil badigeonne de couleurs chaudes la ville et la campagne, les individus et les animaux. C’est l’été. Les fleurs enfin se délectent aussi de sa chaleur. Les pétales filtrent la lumière solaire et, pour peu que ces pétales soient de couleurs orangées, un feu incandescent se déverse dans la fleur. De cette lave orangée, de ce feu qui ne craint pas l’eau jaillissent des étamines, comme des étendards qui offrent au dieu solaire la semence de la vie.

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J’ai fait une série de photos aux alentours de midi. Une fleur de mon jardin recréait en son sein l’enfer solaire. Mais ici point de température à vaporiser le métal et réduire en poussière la pierre la plus dure, simplement de la lumière, de la couleur, les courbes et les stries des pétales, les lignes droites des étamines. Photos aux couleurs de l’été. Voici le spectacle de la fleur de feu !

Fruits du matin d’un mois de juin sans soleil

Juin 2013 est le mois des pluies et des ciels gris. La nature est gorgée d’eau, d’un vert profond. La sève est partout. Les fruits hésitent à conserver leur manteau vert. Certains changent d’habits. Ils exhibent un tee-shirt jaune, orangé, un peu rouge ou simplement piqueté de rouge. L’absence de soleil ralentit le cycle de la nature. Difficile de murir loin des rayons chauds de l’astre solaire. La veille, une herbe haute a été coupée. Les lames de la tondeuses sont allées jusqu’à un beau griottier. Elles en ont fait le tour, pour dégager son accès et rendre la future cueillette des fruits possible. Les griottes de cet arbre ont un goût légèrement amer. Elles se laissent manger avec une pointe de gourmandise. Hélas, pas question, en ce qui me concerne, de cueillir des fruits. Pas assez mûrs.

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Ce griottier, par ce vilain temps de juin, éveille en moi le souvenir d’une lecture lointaine ; celle d’un livre de Bertrand Visage dans lequel l’auteur décrivait un paysage matinal du Berry. Cette description avait fait naître dans ma tête l’image d’une campagne vaillante et rafraichissante. C’est exactement cette impression qui renaissait à la proximité de ce griottier : une nature pétante de santé car pleine de sève et rassasiée d’eau, une impression de fraîcheur apaisante et le sentiment d’une vie saine et prête à se parer de couleurs.

Déjà, des couleurs mouchetaient le beau vert des feuilles de l’arbre sous la forme de touches rondes multiples et variées. Les griottes présentaient un degré d’avancement divers dans leur course au rouge profond. Le vert tendre, le jaune, l’orange, et des Flyer SQSB Livresnuances plus sanguines constellaient l’arbre. Une pluie récente venait de nettoyer, si besoin en était, feuilles et fruits. L’effet de cette pluie récente était inattendu. Les griottes me semblaient badigeonnées d’une couche de sucre transparent et brillant. Elles ressemblaient à ses pommes d’amour vendues dans les fêtes foraines. Alors, j’ai pris mon appareil photo, et je me suis amusé à prendre au piège le beau spectacle offert par ce griottier pimpant !

La lumière ralentie

Comment montrer le mouvement sur une image statique ? L’élan, le geste, le déploiement des bras, la contorsion d’un torse, le gonflement des muscles ?

Plusieurs solutions furent proposées : la succession d’images sur une planche ou alors le sujet figé dans une pose si improbable que l’on devine forcement l’image arrachée d’une course, gracile si possible. L’autre solution est le déphasage entre le regard du spectateur, le geste du sujet et la vitesse de prise de vue. Choisir un temps de pose long permet de garder la trace d’un geste, une fluidité, l’idée et la preuve du mouvement. Il faut bien choisir sa vitesse, l’adapter au sujet vivant et animé, la caler en fonction de ce que l’on souhaite obtenir sur la pellicule. Le mouvement est par définition la passage d’un point A à un point B ; entre A et B, une succession infinie de petits espaces, de poses fugitives dont l’addition donne le rendu de la fluidité. 24 images secondes et le spectateur ne considère plus la 12ème ou la 20ème image, il perçoit un mouvement, parfait et digne d’une eau claire ondulant entre des rochers. Moi, comme tous les photographes, j’ai fait un choix. J’ai décidé de montrer la 12ème, la 20ème ou une autre image puisée dans ces 24 images seconde. Mais cette image risque d’être trop statique, trop belle dans la découpe du geste, trop artificielle. J’ai préféré retenir 4, 5 ou 6 images en une seule. Procédé classique de la vitesse de prise de vue lente. Il a fallu faire des essais de vitesse, de lumière pour retenir un paramétrage qui m’a donné le rendu de ce que je recherchais.

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Je ne voulais pas l’image de cet homme se faisant cirer les chaussures dans l’une des premières photographies de l’histoire : à cette époque, nous étions en 1838, le temps de pose était très long et une vue de paysage urbain ne révélait que les bâtiments, l’inerte, le non vivant. Ce qui vivait et bougeait, disparaissait en raison de son mouvement ; la lumière du statique écrasait celle du vivant éphémère et passager. Seul cet homme se faisant cirer les chaussures, debout et immobile, est resté imprimé sur la pellicule au même titre que les bâtiments, la voirie et les arbres. Rendons grâce au travailleur, son cireur apparaît aussi sur la photo, mais en moins net. Le boulevard du temple est déserté de toute vie à l’exception de cet homme et de son cireur…. Sans le savoir, son immobilité lui a fait atteindre une forme d’immortalité visuelle…il est le seul homme de cette ville dont l’image nous soit convenablement parvenue… Cette image est plutôt une silhouette. Moi je voulais une image qui mêle des détails au flou résultant du mouvement. Choisir un temps de pose long, c’est un peu ralentir la vitesse de la lumière qui elle-même est multiple dans une image selon les propres mouvements des différentes parties d’un corps. Je voulais à la fois capturer la vie dans son élan et l’inanimé dans sa fixité. Faire une image de ce qui est et pourtant de ce que l’on ne voit pas. Le résultat est en partie inattendu. Je n’ai pas toujours l’image que je cherchais tout en obtenant une image qui se rapproche voire dépasse dans certains cas, ce que j’imaginais.

Flyer SQSB LivresVincent est un jeune artiste. La danse est l’un de ces moyens d’expression. Pour cette expérience picturale, il a accepté de jouer avec la lumière en offrant à l’objectif une série de mouvements dont une infime partie sera retenue sur la surface plane de l’image. Parfois, il semble sortir du fond de la photo, comme si la vie émergeait à la lumière et s’arrachait du cadre statique d’un fond de toile. Les gestes se diluent dans une trainée lumineuse, le regard se dédouble comme parfois le visage ou le torse. L’illusion de ce qui est n’a jamais été aussi forte. L’image est à la fois présente et incertaine. Pour reprendre la belle formule d’Hervé Guibert, l’image est une image fantôme. Certes l’image fantôme d’Hervé Guibert est l’image à jamais non gravée sur une pellicule mal enclenchée. Ici, l’image fantôme est une image qui passe, qui semble vouloir effacer le vivant ou l’extraire de l’inanimé, c’est une image rêvée, l’image d’un savant fou ou d’un ignorant candide qui aurait ralenti la lumière pour mieux la boire des yeux.

Les images de verre

La lumière attire le regard sans pour autant éveiller la curiosité tenace et insistante de l’ombre, de l’obscur, de l’invisible. Là où on ne voit pas, notre imagination construit des mondes, les peuple d’être maléfiques ou bienfaisants… La lumière attire mais comme un coup de sifflet, elle peut faire mal par son éclat… Souvent, on ne retient d’elle que son côté utilitaire pour éclairer ce qui ne l’était pas, pour révéler l’invisible, pour creuser cette part d’ombre qui nous questionne et fascine…

Une solution heureuse balaye ce côté utilitaire et aveuglant de la lumière. Cette solution consiste à habiller la lumière par un voile de verre couturé le plus souvent de plomb.  Interposer entre la source lumineuse et l’observateur une œuvre faite de verre, le plus souvent coloré, c’est transformer le vif éclat en vecteur de communication : une image abstraite ou figurative, des couleurs plus ou moins mêlées vont offrir au spectateur des sujets de contemplation. Différentes solutions plus ou moins élaborées permettent de tendre une toile de verre entre le regard et la source lumineuse : des verrières, des vitraux…

Le plus subtil habillage de la lumière est assurément le vitrail. Les historiens font commencer cet art au moyen âge mais il semble que les romains occultaient certaines fenêtres de verres colorés et que des peuples antiques utilisaient de tels  verres pour filtrer la lumière. Les cathédrales, les églises, les lieux de culte sont aujourd’hui les exemples les plus aboutis, et surement les plus symboliques, dans l’art et la maitrise du vitrail, Chartres et son bleu….La Sainte-Chapelle et ses murs de verre… Mais cet art s’est aussi développé dans le monde profane : grands hôtels particuliers ou pas, gare, thermes et même certaines entrées de demeures modestes…

Rien n’est moins figé qu’une verrière ou un vitrail. La luminosité changeante du ciel, l’inclinaison des rayons du soleil avec la surface de verre, le rebonds de lumière provoqué par certains obstacles, des lumières « parasites », tout cela donne vie aux écrans de silice.

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A chaque voyage, j’aime prendre en photo ce qui est fait avec le verre, l’acier et le plomb car j’aime l’effet des jeux de lumière et de couleurs. Je suis attiré par une armature métallique, un motif répétitif, une scène, quelques éclats de couleur. Il y a une petite injustice dans le vitrail : la multitude des scènes représentées, notamment et surtout dans les églises, noie le détail. Certains détails, un bras, un visage, un geste, une fleur se suffisent à eux même et mériteraient d’être mieux vus. Mais c’est la magie du vitrail : donner à voir au spectateur. Ne pas tout révéler immédiatement. D’une certaine façon, le bon vitrail Flyer entier interpossède sa part d’ombre qui prend sens et se révèle par l’insistance du regard et la bonne conjonction de l’intensité du ciel et de l’axe d’inclinaison de la lumière.

Voici donc quelques clichés provenant de Francfort, Munich, Cologne, Budapest, du Sud-Ouest de la France et de quelques autres lieux. Au hasard de vos visites, peut être retrouverez vous une scène, un détail aperçu dans cette exposition photographique. Bonne visite !

GOUTTES d’eau sur une vitre….

Février, mois des pluies légères….

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Je suis assis dans un confortable siège, dans une pièce de ma maison située en partie sous les combles. En quelques secondes, des petits bangs surgissent dans le silence de ma rêverie. Je tourne la tête en direction de la fenêtre et je vois des myriades de gouttes d’eau sur la vitre. La surface plane du verre se transforme en une peau hérissée de petites cloques ou mieux, une peau recouverte d’un voile d’éclats de diamants et de pierres semi-précieuses. Le soleil, très vite, se glisse entre les nuages et déverse ses rayons sur les toits voisins, les chiens assis, les bardages de bois, les huisseries des fenêtres. Les nuages, sans doute affaiblis par cette « saignée d’eau », ont laissé une large trouée de ciel bleu au dessus des toits. Le monde extérieur est vu au travers de centaines de gouttes d’eau.

Je me lève et je me saisis de mon appareil photo. Je décide de garder une trace de cette création miroitante et scintillante de la nature sur la vitre de ma fenêtre. Je fais des plans plus ou moins rapprochés des gouttes d’eau ; je choisis des angles différents pour prendre les photos. Faire la netteté sur les gouttes d’eau, c’est plonger les arrières plans dans le flou. Tuiles, bardages, huisseries, vitres, ciel bleu deviennent des réserves de couleur qui par la grâce du flou constituent de beaux fonds, de beaux aplats, des écrins de matières indistinctes et colorées sur lesquels semblent s’être posées les centaines de gouttes d’eau qui sertissent la vitre de ma fenêtre. Magie des lois de l’optique, je perçois dans les gouttes d’eau l’image des maisons qui me font face, mais une image déformée et à l’envers… La netteté se fait sur certaines gouttes, d’autres basculent dans le flou comme les arrières plans. L’image semble vivante, ondulante et pour moi précieuse.

Une fois de plus, la nature a composé un beau spectacle. Les photos de cette exposition ont été prises en moins de 10 minutes. C’est une performance du ciel, des nuages, de l’eau, du soleil et des constructions de l’homme. Une fois de plus cette performance s’est jouée sans prévenir et gratuitement. Pas de cartons d’invitation, pas de spectateurs conviés. Seul le hasard tirait les ficelles de la grande scène de théâtre, et au bout d’un fil, j’étais la marionnette armée de son appareil photo et de son regard… J’ai complété ces prises de vue, par une seconde prise, en fin de journée, la pluie était de nouveau présente, la nuit tombait, les gouttes d’eau n’ont jamais autant ressemblé à des pierres semi précieuses….

Prenez plaisir à contempler ces éphémères tableaux qui rapidement n’ont plus été, et qui jamais plus, ne seront à l’identique. D’une certaine façon, ces centaines de gouttes d’eau ont donné un visage au temps qui passe sans arrêter sa marche, ces photos sont le visage du temps un matin et un soir de février.